Médecine siddha

siddha medicine

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TRADITION CITTAR

En tant que nom commun, ‘cittar’ vient du mot sanskrit ‘siddha’ qui signifie ‘celui qui est réalisé’, ‘celui qui est parfait’. Ce terme est généralement appliqué à un yogi (sadhaka, sadhu) qui à travers sa pratique (sadhana) a réalisé son double but : d’acquérir les pouvoirs surhumains (siddhi ‘réalisation’ ‘perfection’) et l’immortalité de son corps (jivanmukhi). En tant que nom propre, Siddha désigne une large secte appliquée aux dévots saivaites du Deccan (Mahesvara Siddha), aux alchimistes du Tamil Nadu (Sittars ‘cittarkal’ in tamil), a un groupe des premiers Tantrikas du Bengale (Mahasiddhas, siddhacarya), aux alchimistes Indiens de l’époque médiévale (Rasa Siddhas) et plus spécialement, a une secte du Nord de l’Inde connue sous le nom de Nath Siddhas (White 2004).

Selon la tradition tamoule, il y aurait 18 cittarkal. Cependant, leur nombre est plus important. A partir du rapport d’Usman (comité nommé en 1924 pour décider de l’intérêt de créer une école de médecine indigène et de définir les programmes d’enseignement) et de sources littéraires variées, R. Venkatram dans son ouvrage “A history of the Tamil Siddha Cult” (1990: 205-208) a recensé 96 noms de Cittarkal.

La liste de cittarkal présentée ici a été réalisée à partir des livres de A. Shanmuganvelan (1963), de R. Venkatraman (1990) and de Kamil V. Zvelebil (1993) ainsi que de différentes images représentant les dix-huit cittarkal. Les noms de certains de ces cittarkal sont accompagnés de la caste et du (des) lieu(x) auquel (auxquels) ils sont associés.

Les dix-huit cittarkal de la photographie:

Noms des cittarkal Samadhi Autres lieux notifiés dans la litérature Spécificité des cittarkal
Tirumular (caste itaiyar)Tiruvaduthurai (Chidambaram)TillaiAlchimie, médecine, yoga, philosophie; lié au Saiva siddhanta
Iramatevar alias Yacobe Alagar Hills (Chennai)La Mecque, ChineAlchimie, yoga, philosophie
AkattiyarAnandacayanam (Trivandrum)Pothigai hillsMédecine, alchimie, magie, spiritualité, considéré comme le père de la grammaire et de la litérature tamoule
Konkanavar or Konkanar (caste kannata itaiyar, berger)TirupatiKoditturai; TirukkanaguniAlchimie, médecine, yoga, philosophie
Kamalamuni (caste koravar)Tiruvanjiyan (Thanjavur)ChineAlchimie, médecine, yoga, magie, philosophie
Itaikkatar (caste itaiyar, berger)TiruvannamalaiTiruvidaimaruturAlchimie
CattaimuniShiyali (Thanjavur)Srirangam; SirkazhiAlchimie, médecine, yoga, philosophie
Kutampai (caste itaiyar, shepherd)MayavaramMagie (siddhi)
Karuvurar (caste des forgerons)Kalahastri et ThanjavurYoga, médecine, philosophie
TanvantiriVaithisvarankovilFondateur de la médecine ayurvédique
CuntaranantarSathuragiri, MaduraiYoga, alchimie, médecine, philosophie
PatañcaliRamesvaramTraités de yoga
Vanmiki (chasseur)Ettikkudi(Auteur d'une version du Ramayana)
Korakkar (mère de caste koravar)Poyur (Nagappattinam)Tirukkalikkunram; TirukkokarnamalaiPoésie, alchimie, médecine, yoga, philosophie
MaccamuniTirupparankunramMayuram; TiruvanaikkavalPoésie, philosophie, alchimie, médecine
Pokar (potier chinois)PalaniAlchimie, médecine, yoga
Pampatti Cittar (Indien du nord)SankarankovilDuvarakai; Tirugnanam; VirudhachalamAlchimie
Nanti VarttarKasiIndien du nord

Autres cittarkal mentionnés dans les listes de dix-huit cittarkal et/ou auteurs de manuscrits sur la médecine, l’alchimie, les varmakkal, le yoga, l’astrologie

Noms des cittarkal Lieux en référence avec les cittarkal
Akappai Cittar (vellalar) Alagar Malai; Tiruvaiyaru
Alukannar
Cattanatar (Cinghalais) Tiruvarankam
Cutar
Dakshinamurti
Kalankinatar (cinattu acari) Kancipuram
Kalamegeswarar
Kalluli Cittar
Kangayar Karur
Kañcamalai Cittar
Katai Pillai
Katuveli Cittar Kañci
Kumbamuni Tiruvananthapuram, Kumbakonam
Nandisar
Pattinatar
Piramamuni
Pulattiyar Avudaiyarkovil; Papanasam
Pulippani Palani
Punnakkicar (kannata itaiyar, shepherd) Nanguneri
Pusuntar
Roma Rishi
Sivavakiyar Kumbakonam
Suriyanantar
Sutamuni
Theraiyar Podikai Malai
Tiruvalluvar
Vilayatti Cittar
Virama Muni
Viyakramapatar
Yukimini

Zvelebil (1993) classifie les cittarkal du Tamil Nadu en trois groupes:

  • 1- un groupe d’alchimistes et de médecins qui ont composé des traités de médecine et d’alchimie (iatrochimie) en versets et en prose.
  • 2- un groupe of penseurs et de poètes qui ont composé, entre les 10 et 15èmes siècles, des versets en Tamoul basés sur le yoga tantrique et la philosophie religieuse.
  • 3- un groupe de penseurs et de poètes qui ont été rajoutés à l’école siddha postérieurement ou qui se dénomment eux-mêmes cittar sans pour autant appartenir au groupe ésotérique.

La tradition des cittarkal du Tamil Nadu est peu connue. Kamil V. Zvelebil (1973) considère qu’il y a deux raisons à cela: la mauvaise réputation attribuée aux cittarkal par les hindous orthodoxes et le fait que la doctrine Siddha est transmise en tant que savoir ésotérique, c’est-à-dire, oralement, au sein du cercle restreint des gourous et de leurs disciples. Concernant la première raison, Zvelebil cite W. Taylor, l’auteur du ‘A Catalogue Raisonné of Oriental Manuscripts’, qui explique que les ascètes du Sivaisme étaient à l’affût de copies du poème Patal de Civavakkiyar à des fins de les détruire. Cette violente réaction était motivée par une opposition au langage peu raffiné utilisé dans les textes. Ainsi que le mentionne Meenakshi (ibid: 112) “Siddha in their songs used not the classical, refined or literary language but that spoken by the common man, adopting the folk-song style. For example, the poems of Pampatticcittar of the ‘snake-charmer Siddha’ are modelled on the songs of the professional snake-charmers. It may be suggested, in this context, that the language of the Siddha poem is similar that of the Tantric texts, which has been described variously as ‘twilight language’ ‘intentional language’ etc., and is equally applicable to Siddha poems.” Les textes siddha sont souvent composés dans un langage ambiguë et obscur, ou plutôt, dans un langage dans lequel les mots ont plusieurs sens. Ils peuvent être lus avec un certain nombre de clés de type liturgique, tantrique et yogique ou peuvent être interprétés comme de simples chansons. Zvelebil note qu’une distinction doit être faite entre diction et langage des textes. La diction est souvent énigmatique, pleine d’analogies, de métaphores et de double sens, tandis que le langage est plus souvent familier et proche de celui des gens ordinaires.

Quelques cittarkal ont développé une attitude négative à l’égard du culte des idoles, ce qui naturellement les situe hord du champ de la bhakti en tant que moyen d’atteindre la libération. Ils considèrent que la vénération de dieu dans les temples, les chants en son honneur, et le respect des règles et des pratiques telles que s’enduire le corps de cendre, porter des colliers de rudraksha, faire des exercices spirituels (prosternation, pèlerinage, circumambulation autour de lieux sacrés etc) ne sont pas nécessaires pour atteindre la libération. L’attitude de ces cittarkal contraste fortement avec celle des dévots qui adhèrent au culte de la bhakti. Dans la literature tamoule, souligne Ganapathy (1993: 70-71), “there is almost a total absence of any local cult of the deity.” “The Tamil Siddhars are not bound by any religious dogma, nor do they use any regular place of worship.” “Yet they are not atheists as they are often represented to be. For them there is a God, a ‘Siva’, without limitation or attributes. The ideal name for ‘Siva’ is ‘It’ Atu or ‘Thatness’ or ‘Suchness’ or paraparam. A deeper study of the concept of Siva would reveal that it took two channels in Indian thought, one Siddhantic, (i.e. theistic) based on the method of bhakti, and the other tantric (i.e. absolutistic), based on the method of jnana”. Meenakshi (2001: 115) confirme l’anti-ritualisme and l’anti-orthodoxie dans l’idéologie des cittarkal et ajoute que “at the same time, there is an emphasis on right conduct, moral behaviour and character in almost all the Siddha texts, which is absent in the poems of the bhakti poets. The Siddhas insist more on purity of character than external purity”.

Une autre particularité des cittarkal tamouls est leur refus d’accepter la distinction de caste et de religion. Ganapathy (1993: 194) mentionne quelques exemples dans son ouvrage. Pambatticittar, raconte-t-il, était si opposé au système de caste, qu’il voulait le réduire en cendre. Sivavakkiyar se moquait de ceux qui suivaient le système de caste et s’opposait violemment à la pratique d’intouchabilité en soumettant cette question pertinente: Est-ce que les os, la chair et la peau des femmes de caste supérieure (brahmane) et de caste inférieure (paraiyar) sont distinguables d'après la caste.

Il est intéressant de noter que la non reconnaissance de la différence de caste et de religion et l'opposition au culte des images sont toujours très présentes. Cette idéologie s'incarne dans le culte rendu à la flamme (jyoti) que l’on trouve par exemple dans le temple de Vadalur, village où le cittar Ramalingam a vécu une partie de sa vie avant d’obtenir le samadhi. Celle-ci est également suivie par les personnes qui sont à l’origine de la fondation de l’ashram situé dans le petit village au pied Maruttuvalmalai (Montagne de la médecine) dans le district de Kanniyakumari et les yogis qui vivent dans les grottes-ashrams dans cette montagne. Elle est gravée sur les rochers (photo1), symbolisée par une flamme (jyoti) dans les sanctum sanctorum des temples du village (photo2 et 3) ou encore dessinée sur le front des dévots lorsqu’ils reçoivent les cendres sacrées dans les temples (photo4). Ainsi que la liste présentée au-dessus l'atteste, les cittarkal appartiennent à diverses castes, ils sont aussi bien brahmanes que chasseurs, bergers ou potiers. L’absence de distinction de caste et de religion liée à cette tradition a certainement influencé la pratique médicale puisque les cittavaittiyarkal appartiennent à toutes les castes et sont aussi bien hindous que chrétiens, et même musulmans (en principe, les musulmans pratiquent la médecine yunani d’origine gréco-arabe).
L’intérêt des cittarkal pour le développement social du peuple est bien exprimé dans leur implication dans la médecine. Ganapathy considère Agattiya et Teraiyar comme très populaires pour la médecine siddha et Meenakshi cite Teraiyar, Pokar, Roma Rsi et Pulipani comme les cittarkal qui auraient eu les plus grands dons de guérison. A ces noms, il convient de mentionner Iramadevar (médecine et alchimie), Konganur (alchimie), Sattamuni (médecine), Tirumular (médecine), Nandicar (médecine), Maccamuni (médecine) et Yugimuni (médecine) qui possèdent de nombreux traités médicaux en leur nom. L'intérêt des cittarkal pour la médecine et l’alchimie est également en relation avec la question d’immortalité. Cette implication dans les domaines de la santé, de l’immortalité et de la délivrance est commun à tous les siddhayogi tantriques. Le corps n’est pas une source de souffrance et de tentation. Il est l’instrument le plus effectif que l’homme a à sa disposition pour vaincre la mort et l’aliénation. Et donc pour parvenir à cette fin, le corps doit être préservé aussi longtemps que possible et dans la condition la plus parfaite (Meenakshi ibid.).

Les pouvoirs surhumains ou siddhi que les cittarkal ont développé pour atteindre le samadhi sont, par tradition, au nombre de huit, et sont connus en sanskrit sous le nom d’astasiddhi ou de mahasiddhi.
  • anima ou la faculté de réduire le corps grossier à la taille d’un atome; capacité de voler grâce à cette légèreté.
  • makima ou le pouvoir d'étendre son corps indéfiniment grâce à l'apesanteur.
  • karima ou le pouvoir d'augmenter son propre poids ou de désintégrer les atomes de son corps pour le rendre capable de passer à travers les matières solides.
  • laghima (ilakima) ou le pouvoir de devenir aussi léger qu'une plume.
  • kamavasayitva (piratti) ou le pouvoir d'accomplir toutes les choses désirées; la faculté de connaître le passé, le présent et le futur de chaque chose et de conserver chaque chose désirée.
  • prakamya (pirakamiyam) ou le pouvoir de maîtriser les obstacles naturels, tels que les rayons de soleil, grâce auquel on peut atteindre l'immortalité et se rendre dans n'importe quel endroit.
  • isitva (icattuvam) ou le pouvoir de dominer le monde animé et inanimé de l'univers; le pouvoir de créer, de préserver et de détruire.
  • vasitva (vacittuvam) ou le pouvoir de changer l'évolution de la nature et de prendre le contrôle de toutes les formes de la création (T.V. Sambasivam Pillai 1931; Zvelebil 1993).

Petit temple d’Agattiyar à Agattiyar waterfalls

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Guru puja: célébration annuelle consistant en un homa (offrande par le feu) offert à Agattiyar, en tant que maître du yoga. Cette célébration est organisée par Ananta Kutil, un yogi qui propose des cours de yoga.

Guru puja: différents ingrédients pour le homa offert à Agattiyar. Les ingrédients sont composés de produits communément utilisés pour le homa ainsi que d’épices et de plantes médicinales spécifiques à Agattiyar.

Temple de Karuvurar à Thanjavur. Ce cittar est vénéré pour ses connaisances du yoga

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Samati de Bokar à Palani Samati de Tanvantari
au temple de Vaitheeswarankovil

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Ramalinkam
joti svarupamana à Vadalur
Samati de Cattaimuni
au temple de Sirkazhi

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Samati de Tirumular à Tiruvaduthurai (près de Chidambaram)

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Dessins sur le mur d’une clinique appartenant à un praticien traditionnel spécialisé dans le bone-setting: cittar préparant des médicaments et faisant des massages.

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Au sommet de la Montagne de la médecine (Ghats occidentales)