Médecine siddha

siddha medicine

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Séminaire organisé à l'Institut Français de Pondichéry (IFP) les 23 et 24 août 2007
“Siddha Medicine: historical, Social and Medical perspectives”

Programme: Jeudi 23 Août 2007

09.30 Accueil des participants
10.00 Discours de bienvenue par Jean Pierre Muller, Directeur du IFP
10.10 Présentation du département des Sciences Sociales: ‘Societies and Medicines in South Asia’ par Laurent Pordié, responsable du département of des Sciences Sociales
10.20 Presentation of the workshop par Brigitte Sébastia
1ère Session - Médecine siddha: dans les textes
10.45 Body and self: non-dualism in Siddha medicine par V. Sujatha (Jawarlal Nehru University, New Delhi)
11.30 The Tamil Siddha medical tradition: a biographical note on Pokar, the alchemist. par Kanchana C.V. Natarajan (University de Delhi)
12.15 A Pathway to Eternal Bliss: Kayakalpam in Siddha Medicine par S. Jega Jothi Pandian ( CRIS , Chennai)
14.15 A Few German Diary Reports on Siddha medicine in the Halle Mission Archives by C.S. Mohanavelu (U.G.C. New Delhi)
2ème Session - Médecine siddha: materia medica Partie I
15.00 Social use of materia medica in Siddha system of medicine by G Veluchamy (Director of CRIS )
15.45 Systematization and identification of botanical materia medica of Siddha medicine Sources, methods and implications par J. Soundrapandi (PhD Christian College, Tambaram)
16.45 An effective tool in organising digital knowledge on Siddha medicine par G.Gnana Sekari ( CRIS , Chennai)

Programme: Vendredi 24 août 2007

2ème Session - Médecine siddha: materia medica Partie II
09.30 Minerals in Siddha medicine par Stanly Paul (Gt Siddha College Palaiyamkottai)
10.15 The transformation in the practice, education and research on Siddha system of medicine consequent of the social changes par T. Anandan ( CRIS )
3ème Session– Médecine siddha: dans la pratique
11.15 Varma point induction experiences with traditional practitioners par T. Rajendran (cittavaittiyar, KK District)
12.00 Varmakkalai: A historical perspective par T. Rajendran (cittavaittiyar, KK District)
14.00 Traditional Siddha practitioners in Tirunelveli : their strategies, techniques and experiences par M. Ramakrishnan (Manonmanian Sundaranar University, Tirunelveli)
14.45 Siddha practices in Kongu region, Tamil Nadu by R. Maruthakutti (Manonmanian Sundaranar University, Tirunelveli)
4ème Session– La médecine siddha: fabrication et marché des médicaments
15.30 Manufacturing Siddha Medicines: Issues in Standardisation and Procurement par N. Lalitha (GIR, hmedabad)
16.15 A clash of practices: Siddha medicine exportation and foreign laws on drug quality par Brigitte Sébastia (IFP/EHESS Toulouse)
17.15 Conclusion du séminaire

Rapport du séminaire ‘Siddha Medicine: historical, Social and Medical perspectives’

Dans le passé, la médecine siddha a souffert d’un manque d’intérêt dû à la combinaison de plusieurs facteurs : barrière linguistique, inaccessibilité des textes et leur contenu ésotérique rédigé sous forme poétique, hégémonie de la biomédecine et prévalence de la médecine ayurvédique dans le domaine des médecines traditionnelles. Cependant, de nos jours, elle bénéficie d’un renouveau de popularité. Des praticiens, encouragés par le succès de la médecine ayurvédique, cherchent à promouvoir le siddha sur le marché national et international en développant des sites informatiques, en multipliant les ouvrages, en faisant patenter leurs médicaments préparés à partir de formulations recueillies dans le cercle familial, auprès de gurus ou issues de leur propre recherche. Le gouvernement, pour sa part, sur les recommandations de l'OMS, favorise l’intégration des médecines traditionnelles au sein des hôpitaux et des dispensaires. Pour l’état du Tamil Nadu, cette politique profite au développement du siddha et le meilleur exemple d’investissement est la récente création d’un vaste hôpital, le National Institute for Siddha, au sud de Chennai. La médecine siddha est inclue dans les programmes de recherche gouvernementaux sur les médecines traditionnelles dont l’objectif est d’améliorer les connaissances sur le materia medica, la pharmacopée et la thérapie. Une importante part de la recherche consiste à répertorier, digitaliser, transcrire, publier, traduire les manuscrits médicaux, pour les sauvegarder et les conserver en tant qu’héritage culturel tamoul, pour découvrir de nouvelles formulations capables de contrôler les maladies endémiques ou résistantes aux traitements biomédicaux, ainsi que pour diffuser ce savoir hors des frontières du Tamil Nadu et de l’Inde.
Ce renouveau de popularité encourage à multiplier les études sur le siddha dans la perspective de déterminer ses spécificités par rapport à l’ayurveda à laquelle elle est bien souvent assimilée en s’intéressant à ses concepts, ses influences philosophiques, son materia medica, de définir sa place dans le champ du pluralisme médical indien, d’analyser ses pratiques contemporaines à différents niveaux de savoir et de compétence et d’envisager son avenir, non seulement au Tamil Nadu et en Inde, mais aussi sur le marché international, et sa participation au combat contre les maladies incurables et chroniques.

Ces différents thèmes de recherche ont été abordés au cours d’un séminaire organisé par le département des sciences sociales de l’Institut Français de Pondichéry qui s’est tenu dans ses locaux les 23 et 24 août 2007. Il a été divisé en quatre sessions intitulées respectivement : ‘Siddha medicine in the texts’, ‘Siddha medicine and its materia medica’, ‘Siddha medicine in practice’, ‘Siddha medicine and the manufacturing and marketing of its drugs’.

La première session s’est ouverte sur une communication de Venki Sujatha (JNU, New Delhi), “Body and self: non dualism in siddha medicine” qui s’est intéressée à définir l’approche du corps dans la médecine siddha en opposition avec celle dans la biomédecine qui donne une vision cartographiée basée sur les organes. Si les organes et leurs fonctions ont été bien étudiés grâce aux techniques exploratoires mises au point par la biomédecine, les éléments subtils du corps, tels que l’esprit, les émotions, les sensations, l’intelligence, restent inexplorés à cause de la difficulté pour les matérialiser. En revanche, la médecine siddha tient compte de ces éléments subtils du fait que ce sont les yogis (cittarkal) qui ont développé cette médecine. Leurs objectifs étant d’augmenter la durée de vie de manière à développer leurs pouvoirs yogiques et ainsi mettre fin au cycle de vie et de mort, ils se sont davantage intéressés à la prévention du corps et à son immortalité. Ceci a induit une discipline du corps et des règles de vie, une médication permettant de lutter contre les maladies et la mort et de développer des paramètres physiologiques assurant l’immortalité par la maîtrise de la faim, de la respiration, du sommeil, de la sexualité, etc, ainsi qu’une considération pour l’esprit défini comme pourvu d’une matérialité aussi concrète que celle des organes ou de l’enveloppe corporelle. Cependant, à travers ses observations ethnographiques, Sujatha souligne que les études sur le siddha se désintéressent des théories et des concepts et que la pratique de cette médecine tend à se centrer sur la prescription de médicaments, négligeant l’importance de la communication patient/praticien et les données empiriques.
La seconde communication, “The Tamil siddha medical tradition: a biographical note on Pokar, the alchemist”, présentée par Kanchana C.V. Nataraja, s’est intéressée au texte ‘Pokar elayiram’, un texte de Pokar, un des 18 cittarkal définis par la tradition siddha tamoule. Quelques historiens qui ont étudié les textes de Pokar s’accordent pour reconnaître qu’ils émanent de trois auteurs qui auraient vécu à trois époques différentes: Pokartevar, mentionné dans le texte Tirumantiram de Tirumular qui aurait été un disciple de Kalanki ; un Pokar qui aurait résidé dans les Caturagiri et se serait intéressé au kayasiddhi et un troisième qui aurait vécu au 17-18ème siècle à Palani et serait l’auteur d’une statue de Dandapani réalisée en navapasanam (neuf poisons constitués de sels d’arsenic). C’est sur le troisième Pokar que se focalise la communication de Natarajan du fait que, à l’image d’Iramatevar, un autre cittar dont elle a précédemment étudié les écrits, il établit un lien entre l’Inde et l’étranger. Alors qu’Iramatevar serait parti de l’Inde vers la Mecque à la recherche du ‘réservoir de mercure’, Pokar, grâce à ses pouvoirs surnaturels (siddhi) de ‘voler’ obtenus par ingestion de kulikai (boule de mercure solidifié) aurait de nombreuses fois voyagé en Chine et au Moyen-Orient pour parfaire ses connaissances en médecine et en alchimie. Cependant, Nataraja remarque qu’en dehors des nombreuses références aux pouvoirs extraordinaires du cittar et à ses multiples voyages en Chine, les références géographiques, environnementales et sociologiques sur ce pays y sont fort rares. Du point de vue philosophique, le texte ‘Pokar elayiram’considère qu’il existe trois réalisations qui sont entièrement complémentaires les unes aux autres : l’art d’immortaliser le corps (kayasiddhi) ; l’art d’utiliser le matériel alchimique pour la fabrication des médicaments (vatasiddhi) ; l’union avec Brahman (yogasiddhi). L’auteur fait remarquer que le texte abonde de références au tantrisme, système philosophique indissociable des concepts alchimiques dans la tradition siddha. L’alchimie tient dans ce texte une place non négligeable par ses mentions aux métaux et aux sels, dont le fameux muppu, utilisés pour fabriquer des médicaments ou pour contrôler le vieillissement du corps.
Jothi Pandian (Central Research Institute for Siddha CRIS , Chennai) est ensuite intervenu pour présenter une commnication intitulée “A Pathway to Eternal Bliss: Kayakalpam in Siddha Medicine” qui compare le traitement kayakalpam proposé par trois manuscrits attribués respectivement à Tirumular, Pokar et Konkanavar. Kayakalpam est défini comme un processus de conversion du corps ‘kaya’, matière destructible, en ‘kalpam’ matière assimilable à la pierre. Ce processus est réalisé par des techniques (kalpa yogam) et des médicaments (kalpa aviltam) qui ont la propriété d’allonger la vie et d’augmenter l’activité des organes. Malgré que Tirumular soit considéré comme un des cittarkal les plus productifs en matière d’écrits médicaux, celui-ci s’est surtout intéressé au kalpa yogam et ce sont les textes de Pokar et de Konkanavar qui développent la médicamentation kayakarpam. Le texte de Pokar recense 45 plantes ayant des propriétés antiveillissement et recommande tout particulièrement de consommer des plantes noires (karuppu mulikaikkal), certains minéraux, ainsi que sa propre urine (amuritaranai). Il propose un certain nombre de formulations à base de plantes ou combinant métaux et plantes, mais l’association du minéral et du végétal dans la pharmacopée kayakarpam a davantage été élaborée par Konkanavar qui est l’auteur d’un lekiyam composé de minéraux et de plantes toniques.
La dernière communication de cette session intitulée “A Few German Diary Reports on Siddha medicine in the Halle Mission Archives” a été proposée par C.S. Mohanavelu (U.G.C., New Delhi) qui a travaillé sur les Archives de la Mission de Halle. Arrivés au Tamil Nadu au tout début du 18ème siècle, les missionnaires de Halle, essentiellement d’origine allemande et danoise, se sont trouvés confrontés aux maladies qui sévissaient sous ce climat tropical. Ceci les a conduit à s’intéresser à la médecine pratiquée par les vaittiyarkal. Cette médecine n’est jamais définie sous l’appellation ‘siddha’ mais les détails qu’ils offrent sur les concepts, les méthodes diagnostiques et la classification nosologique, sont très similaires à ceux qui se réfèrent à la médecine siddha. Certes, la place de la médecine dans les écrits des missionnaires ne concerne qu’une petite partie de la recherche de Mohanavelu qui avait pour objet d’explorer les intérêts des missionnaires pour la langue et la culture tamoule, mais sa richesse appellerait à une expertise beaucoup plus pointue des textes médicaux déposés à Luther University.

La seconde session s’est ouverte sur cinq communications dont la première, “Social uses of materia medica in Siddha system of medicine” a été préparée par V. Veluchamy (Director, CRIS ) et présentée par un de ses collaborateurs. Elle a introduit le sujet en présentant les éléments des règnes végétal, organique et minéral en médecine siddha, les différentes propriétés pharmacologiques de ces éléments, ainsi qu’une classification des métaux et des minéraux définie selon leurs propriétés de dissolution et de sublimation.
La seconde communication “Systematization and identification of botanical materia medica of Siddha medicine Sources, methods and implications” a été présentée par J. Soundrapandi (PhD in botany Christian College, Tambaram, Chennai). Partant de données collectées dans les ouvrages secondaires traitant du materia medica et de pharmacopée (kunapatam, nikantu, malai vakatam et kalpa suttiram), auprès de praticiens siddha, et à travers un recensement des espèces botaniques utilisées par les tribus résidant dans les Ghats occidentales et des plantes vendues sur le marché des plantes médicinales, J. Soundrapandi a centré sa présentation sur les plantes médicinales de la médecine siddha. Le nombre de plantes identifiées en médecine siddha est plus faible que celui de l’ayuveda : 1121 contre 1769 ; parmi ces plantes, 763 sont communes aux deux médecines, et 56% sont communes au siddha et aux médecines populaires, un chiffre un peu plus fort que pour l’ayurveda dans lequel 41% d’espèces botaniques sont usitées dans les médecines populaires. Outre ces données, J. Soundrapandi a présenté différents tableaux sur la classification des plantes selon le siddha (arbre, arbustes, lianes, herbes), sur les différentes parties utilisées (plante entière, racine, écorce, résine, fleurs, feuilles, fruits verts, fruits, graines), sur les propriétés pharmacologiques des plantes, sur les espèces les plus communément utilisées, ainsi que sur l’origine phytogéographique des plantes à travers lequel on observe qu’un petit pourcentage d’espèces provient des régions himalayennes, mais aussi méditéranéennes et latino-américaines.
G. Gnana Sekari ( CRIS ) est ensuite intervenue pour présenter une communication intitulée “An effective tool in organising digital knowledge of Siddha medicine”. Celle-ci a concerné l’élaboration d’une base de données illustrées informatisée (expert system) en langue anglaise et tamoule sur la médecine siddha dont objectif est d’accumuler et d’organiser les connaissances collectées sur le siddha et de favoriser la circulation des informations en les rendant disponibles à un public aussi large que possible. La base de données informatisée alimentée à partir de sources anciennes et contemporaines (manuscrits et des textes médicaux, praticiens siddha, travaux de recherche) s’est intéressée à définir 25 maladies et troubles à travers une description générale, leur symptomatologie et leur traitement et à décrire de nombreuses plantes utilisées pour préparer les composés médicinaux et quelques médicaments patentés. En plus de son aspect informatif, cette base de données intègre des fonctions interactives et éducatives destinées aussi bien aux étudiants pour tester et affiner leurs connaissances, qu’aux médecins siddha pour les aider dans leur pratique et aux praticiens non siddha, chercheurs etc.
La quatrième communication sur le materia medica a été présentée par Stanly Paul (Gvt Siddha college, Palaiyamkottai). Intitulée “Minerals in Siddha medicine”, celle-ci s’est intéressée au changement des minéraux utilisés dans la médecine siddha et à son implication du point de vue des propriétés thérapeutiques. Ce changement se serait effectué vers le 18ème siècle avec le développement de la chimie. Pour fabriquer leurs médicaments à base de métaux et de minéraux, les praticiens auraient progressivement abandonné les produits bruts de moins en moins commercialisés au profit des matériaux vendus sous une forme pure. Partant de ce changement de matière première, la communication montre que cette substitution peut impliquer une baisse des propriétés thérapeutiques du fait que les impuretés telles que les traces de minéraux et les micro-organismes associés au matériel brut pouvaient avoir un rôle thérapeutique. Il va s’en dire que cette étude portant sur la médecine siddha est valable pour les autres médecines indiennes telles que ayurveda et unani et, plus largement, pour toutes les médecines traditionnelles incorporant les minéraux dans leur materia medica.
La dernière communication sur le materia medica de la médecine siddha intitulée “The transformation in the practice, education and research on Siddha system of medicine consequent of the social changes” a été préparée par T. Anandan ( CRIS ) et présentée par un de ses confrères du CRIS . Après avoir introduit le sujet en définissant les différents types de médications et les techniques traditionnelles de fabrication, cette communication a présenté les différents objectifs de la recherche sur les produits médicinaux menés aujourd’hui par le Central Research Institute for Siddha de Chennai qui portent sur l’amélioration de l’innocuité et de l’efficacité des médicaments et leur adaptation au marché international, sur l’accroissement de la collecte de données sur les plantes utilisées dans le siddha, sur l’amélioration de la qualité et de la valeur de la recherche siddha et sur la popularisation du siddha auprès des consommateurs de tout profil sociodémographique. Pour mener ces objectifs, le CRIS a privilégié quatre domaines spécifiques : l’étude botanique (source, collection, identification, culture), la recherche phytochimique, la recherche pharmacologique (pharmacognosie, pharmacocynétique, toxicologie) et les évaluations cliniques.

La troisième session concernant la pratique de la médecine siddha a été introduite par une thérapie particulière qui est le varmakkalai (accupression). Cette thérapie, très répandue dans l’extrême sud du Tamil Nadu, a été présentée par T. Rajendran (praticien traditionnel siddha) à travers deux communications “Varma point induction experiences with traditional practitioners” et “Practice of varmatherapy”. Les varmankal sont définies comme des centres où l’énergie pranique est concentrée. L’art de les identifier aurait été enseigné par Shiva qui, se promenant dans la forêt en compagnie de Sakti, découvrit le corps d’un chasseur blessé et aida à le ranimer en indiquant à son épouse les endroits particuliers du corps (varmam) sur lesquels elle devait appuyer son bâton en or. Rappelons que, selon la tradition, Shiva est à l’origine des connaissances en médecine siddha, c'est-à-dire qu’il est le guru suprême, dans le système d’enseignement guru/sisya. Dans cette méthode d’enseignement, la formation dure en principe douze ans et les connaissances transmises dépendent des qualités du disciple (intelligence, discipline, humilité, générosité, persévérance) et de la bienveillance du maître à accepter de dévoiler ses secrets en matière de savoir thérapeutique. Ayant cherché à améliorer ses connaissances auprès de nombreux gurus ou acan spécialisés en thérapie varma, en kalari payattu (art martial fondé sur la connaissance des points de varma pour neutraliser l’adversaire), en yoga, en préparation des médecines, en médecine siddha, Rajendran a présenté quelques stratégies utilisées par les praticiens pour empêcher la diffusion de leurs secrets sur lesquels ils fondent leur réputation de thérapeute. Sa seconde intervention a porté sur les principes du varmakkalai qui concernent trois champs : la thérapie, le combat, le yoga. Concernant la thérapie, ses principes fondamentaux consistent à éliminer les toxines du corps et à réguler le flux d’énergie pranique à l’aide de thérapies internes à base de médication spécifique, de diète et de procédés de purification, et de thérapies externes à base de préparations médicinales, de divers types de massage et d’accupression.
Les deux communications suivantes, “Bonesetters in Tirunelveli region” et “Siddha practices in Kongu region, Tamil Nadu” ont été présentées respectivement par M. Ramakrishnan et R. Maruthakutti (Sociology, Manonmanian Sundaranar University, Tirunelveli). Le bonesetting est une médecine populaire qui se trouve associée à la médecine siddha du fait que les praticiens sont spécialisés dans les maladies rhumatismales dont une large partie est attribuée au déséquilibre de l’humeur vata et qu’il est pratiqué par les spécialistes varma. Cette communication a porté sur une comparaison des pratiques entre cinq bonesetters pour y observer les changements et les innovations et elle s’est attachée à montrer le rôle important que ces praticiens jouent dans les villages, par leur accessibilité et leurs tarifs qui ne s’appliquent qu’à la médication. Le faible coût de la médecine siddha est aussi une des conclusions à laquelle R. Maruttakkuti aboutit à l’issu de son exploration de plusieurs praticiens de la région Coimbatore-Palani-Erode. La médecine siddha est rarement choisie en premier recours mais bien souvent après plusieurs tentatives de traitement par la biomédecine qui n’ont pas abouti. Les troubles en question sont aussi variés que les maladies de peau, les ulcères, les maladies rhumatismales, maux de tête, en fait, toutes sortes de maladies chroniques et somatiques. La médecine siddha a ses propres méthodes diagnostiques dont la lecture du pouls est l’élément le plus important, cependant elle ne dénie pas l’intérêt des outils de la biomédecine car la plupart des praticiens utilisent le stéthoscope et ordonnent des analyses de laboratoire, des radiographies, etc. Si les praticiens privilégient encore leurs outils diagnostiques, il convient d’insister sur le décalage existant entre les recommandations des auteurs de textes classiques et la pratique contemporaine. Pour prendre deux exemples : le diagnostic n’est jamais établi sur les huit critères définis par la tradition mais s’appuie le plus souvent sur la seule lecture du pouls; les heures appropriées pour faire la lecture du pouls ne sont respectées que par de très rares praticiens traditionnels du fait que les horaires de consultation des cliniques ou des consultants privés sont calqués sur ceux des spécialistes de biomédecine.

Enfin, la quatrième et dernière session sur la médecine siddha a comporté deux communications sur l’industrie pharmaceutique et les modalités d’exportation. La fabrication des médicaments à été abordée par N. Lalitha (GIR, Ahmedabad) dans une communication intitulée “Manufacturing Siddha Medicines: Issues in Standardisation and Procurement”. Celle-ci s’est essentiellement intéressée à la manière dont les lois des GMP (Good Manufacturing Practices) qui ont récemment amendé le Drugs and Cosmetics Act, 1940, et Rules, 1945, sont observées dans l’industrie pharmaceutique siddha. Ces pratiques concernent la construction et l’agencement des bâtiments, le contrôle et le stockage des matières premières, l’hygiène des locaux et la sauvegarde des contaminations, la gestion de l’eau et des déchets, l’emballage et le stockage des produits finis, la réglementation du personnel du point de vue de l’hygiène et de sa protection sanitaire face aux matériaux utilisés, les contrôles de qualité etc. L’objectif de cette réglementation est d’adapter les produits pharmaceutiques aux normes internationales. Cependant, la mise en place de cette réglementation ne peut être généralisée du fait de facteurs limitatifs, notamment le coût élevé des mesures et leur inadaptabilité en fonction de la taille des entreprises. La seconde partie de la communication s’est focalisée sur une des réglementations importantes du GMP visant à améliorer la standardisation des médicaments qui concerne la matière première, et plus précisément la disponibilité des plantes à long terme. S’appuyant sur les méthodes d’acquisition de la matière première utilisée par deux importantes manufactures TAMPCOL et IMPCOMPS financièrement supportées par le gouvernement du Tamil Nadu, Lalitha souligne l’absence d’une politique ferme en matière des espèces botaniques utilisées en pharmacologie qui permettrait de préserver certaines plantes en voie d’extinction et d’assurer le marché en produits d’une qualité constante. Il existe certes quelques initiatives émanant aussi bien du gouvernement que d’ONG ou de fabricants pharmaceutiques pour cultiver des espèces les plus usitées en pharmacie ou les plus demandées sur le marché local et international, mais celles-ci restent trop faibles et ne concernent que quelques espèces.
La dernière communication “A clash of practices: Siddha medicine exportation and foreign laws on drug quality” présentée par Brigitte Sébastia (IFP/EHESS Toulouse), pour sa part, s’est intéressée à l’exportation de la médecine siddha en dépit de deux obstacles qu’elle doit affronter : la compétition de l’ayurveda dont le circuit commercial est mieux organisé et un materia medica qui priviligie les métaux pour ses propriétés thérapeutiques. Le second point est particulièrement important car ces dernières années, les médicaments ayurvédique font régulièrement l’objet d’alertes sanitaires de la part des pays occidentaux pour leur teneur élevée en métaux lourds (mercure, plomb, arsenic, cadmium). Les dénonciations sur la mauvaise qualité des médecines ont forcé le gouvernement indien à durcir sa politique en faveur des lois du GMP et à amender le texte pour une meilleure transparence de l’étiquetage des produits. Néanmoins, les manufactures siddha possédant le certificat GMP qui leur permet de commercialiser leurs produits à grande échelle et d’exporter sont très rares du fait des lourdes dépenses suscitées pour appliquer la réglementation. Malgré toutes ces difficultés, les médicaments siddha parviennent à passer les frontières et sont exportés dans certains pays asiatiques et arabes où résident une large communauté tamoule. Les sites commerciaux informatiques constituent un outil non négligeable pour faire connaître ces produits à l’extérieur et il est remarquable que les formulations des médicaments offerts à la vente comportent rarement des métaux. Ces précautions à l’égard de l’intoxication sont également bien observées par les praticiens qui reçoivent une clientèle étrangère constituée soit de Tamouls établis à l’étranger qui profitent d’un retour au pays, soit d’étrangers qui se tournent vers cette médecine pour soigner une maladie rebelle aux autres traitements. Bien qu’il soit difficile de l’apprécier, cette forme indirecte d’exportation des médicaments dénommée ‘suitcase export’ est importante et en pleine expansion du fait de l’augmentation du tourisme médical, de l’attraction pour les médecines traditionnelles et de la promotion des praticiens siddha à travers les media indiens diffusés à l’étranger. Enfin, un autre moyen permettant d’exporter les médicaments siddha et de faire connaître cette médecine hors du Tamil Nadu est celui des ashrams fondés ou développés par des praticiens siddha. Leur nombre n’est pas très important mais leur rôle n’est certes pas négligeable si on considère les moyens financiers et la rapidité d’expansion de certains d’entre eux.

En réunissant des intervenants issus de diverses disciplines des sciences sociales et exactes et du monde médical, ce séminaire a permis à chacun de compléter ses connaissances sur la médecine siddha et d’alimenter le débat de très nombreux échanges d’idées et d’informations. Le sujet qui s’est particulièrement illustré au cours de ces deux journées concerne le materia medica et ce thème a été proposé pour une future rencontre autour de la médecine siddha qui inviterait à élargir la recherche à travers une confrontation aux autres médecines traditionnelles, indiennes, chinoises, arabes, etc.