Médecine Siddha

siddha medicine

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Les objectifs de ce site web sont d'une part, de présenter les recherches et les activités sur la médecine siddha que je mène depuis 2005, et de l'autre, de favoriser les échanges entre chercheurs qui travaillent sur les médecines traditionnelles.

Thèmes de recherche sur la médecine siddha

La présente recherche sur la médecine siddha a commencé en octobre 2005. Elle fait partie du programme international 'Societies and Medicines in South Asia. Exploring the social construction of healing'institué par le département des Sciences Sociales de l'Institut Français de Pondichéry (cf. axe 4 du programme)
www.ifpindia.org/pdfs/soc_et_med_abstracts.pdf

Description du projet scientifique sur la médecine siddha

Les observations menées pendant les deux années ont permis de faire émerger un certain nombre de thèmes de recherche qui pourraient favoriser un travail de collaboration à partir de différentes disciplines et/ou d'aires culturelles variées:

Ce travail de recherche est complété par des documentaires photographiques et filmiques sur la fabrication des médicaments, sur les procédés iatrochimiques et alchimiques, sur divers aspects des pratiques thérapeutiques siddha ainsi que sur la digitalisation de olaiccuvati et de textes manuscrits accompagnés d'informations relatives à leur (s) propriétaire (s).

1- Politique et siddha

La médecine siddha se distingue peu de l’ayurveda du point de vue de ses concepts, de son materia medica et de ses pratiques. Cependant, à la différence de l'ayuveda, ses textes, rédigés en langue tamoule, sont attribués à une classe de yogis ou cittarkal qui auraient vécu au Tamil Nadu, et cette médecine est pratiquée au Tamil Nadu, dans quelques Etats limitrophes ainsi que dans certains pays asiatiques accueillant une communauté tamoule significative. L’assimilation de la médecine siddha à l’identité tamoule transparaît nettement dans les discours des praticiens siddha et des tamouls. Cet ancrage identitaire associé au regain d’intérêt général pour les médecines traditionnelles contribue à sa revitalisation. Quelques archétypes, définis comme 'tradition', qui amplifient son antiquité et lui donnent la paternité de toutes les médecines, ne manquent jamais d’être mentionnés par ses promoteurs (Ramaswamy 2005, Weiss 2003). Les reformulations de la tradition et la forte connotation identitaire amènent à se questionner sur la place de la médecine siddha dans les discours des leaders du mouvement dravidien.

Le siddha n’a pas connu la forte institutionnalisation qui a concerné l’ayurveda du fait que sa pratique était limitée à l'extrême sud de l'Inde et qu’il avait une assez mauvaise réputation à cause de son usage important de procédés iatrochimiques et de l'ésotérisme de ses textes. De plus, il a bénéficié d'un élan de revitalisation moindre de la part des praticiens qui se sont opposés à l’hégémonie de la médecine anglaise et aux mauvaises pratiques de la médecine ayurvedique (Panikkar 1992, Sébastia 2008a). Cette différence se traduit par une proportion de cittavaittyar (praticiens tradtionnels siddha) nettement plus élevée à celle des médecins universitaires siddha, mais aussi par une pratique de la médecine siddha plus conforme aux préceptes présentés dans les textes médicaux. En effet, l’institutionnalisation des médecines indiennes, initiée par le pouvoir britannique, puis definie par le gouvernement indien, s’est élaborée à partir de choix qui ont privilégié l’enseignement théorique et textuel au détriment des connaissances techniques et pratiques. Les objectifs étaient de former des praticiens de médecine indienne selon le modèle d’enseignement dispensé aux étudiants en médecine ‘anglaise’, et de donner à ces médecines une scientificité, qualité qui leur a toujours été déniée par leurs opposants, tant Britanniques qu'Indiens. Cette différence au niveau des connaissances a créé un fort clivage entre les praticiens formés institutionnellement et ceux formés traditionnellement, clivage qui ne cesse de s’amplifier au fur et à mesure des lois qui ôtent aux praticiens traditionnels toute possibilité d’exercer sans détenir les diplômes imposés par le gouvernement. Si ces dispositions visent à assainir une profession minée par de nombreux imposteurs qui l’exercent pour des raisons financières et de prestige inhérent à la profession médicale, elles contribuent au déclin du savoir médical traditionnel. Cependant, les cittavaittiyar réagissent face à cette dégradation des connaissances et se mobilisent au sein d’associations en développant des activités qui compensent et complètent celles des institutions gouvernementales. Les premières investigations ont mis en évidence que ces associations sont capables de promouvoir et de préserver la médecine siddha, mais aussi d’infléchir le gouvernement dans ses décisions à l'égard des cittavaittiyar (Sébastia 2008a). Dans les recherches futures, une large place sera faite à ces questions politiques dont l’intérêt se trouve renforcé par les revendications des cittavaittiyar pour se voir accorder un certificat d'enregistrement qui leur permettrait d'exercer légalement.

2- Echanges de savoirs entre les diverses cultures

Les médecines indiennes partagent avec les médecines chinoise, tibétaine et arabe, un materia medica à base de produits végétaux, animaux et minéraux. Si la botanique présente des limites pour comparer les médecines du fait de la forte variabilité géographique des espèces végétales, en revanche, les substances minérales et métalliques utilisées en alchimie et en iatrochimie, c'est-à-dire le mercure, l’arsenic et leurs complexes, le sulfure et les sels (Hardy et al. 1995, Ray 1956) sont appropriées pour accomplir cet objectif. Cette étude comparative serait d'autant plus pertinente qu'elle pourrait permettre de comprendre l'élaboration de la médecine siddha et sa différenciation par rapport à l'ayurveda, du fait qu'elle possède une tradition alchimique très forte et que les métaux tiennent une grande place dans sa pharmacopée (Lafont 2000, Sambasivam Pillai 1994, Shanmuganvelan 1963, Venkatraman 1990).Les études comparatives sur l’alchimie ont essentiellement concernées l’occident médiéval et l’orient sans réellement prendre en compte les savoirs asiatiques (Hunke 1997 ; Hutin 1995 ; Lafont 2000 ; Naraghi 1996 ; Rashed 1997). Ceci est une sérieuse lacune si on considère le rôle important que les populations du Moyen-Orient ont joué dans les échanges de savoirs scientifiques et techniques entre l'Asie et l'Occident. Une comparaison des procédés alchimiques dans les pays asiatiques dont la Chine, l'Inde et le Tibet, et orientaux pourrait ainsi constituer un champ de recherche pertinent pour tenter de comprendre comment chaque système médical s'est constitué.
La médecine siddha n’a pas acquis la popularité de l’ayurveda et elle est fort peu connue à l’étranger. Cependant, elle est pratiquée dans quelques pays d’Asie où réside une forte communauté tamoule. Ces pays comme la Malaisie, Singapore, accueillent d’autres communautés de migrants qui possèdent leur propre système médical. Ce pluralisme médical, particulièrement développé, invite à observer si la relation ethnique entre la communauté tamoule et la médecine siddha est forte, ou si elle se trouve transcendée par des facteurs conjoncturels pragmatiques (éloignement du praticien, préférence pour une autre médecine, différence de caste). Il invite également à questionner la manière dont le siddha est exercé dans ces pays par rapport à sa pratique en Inde en s'intéressant aux relations professionnelles que les praticiens siddha entretiennent avec leur pays d'origine ainsi qu'au dialogue que cette médecine entretient avec les différents systèmes médicaux présents sur le terrain.

3-Transmission des savoirs conceptuel et pratique:

La littérature sur la transmission des savoirs conceptuel et technique en Inde n’est abondante ni en Inde, ni de manière plus large dans le monde. En Inde, l'apprentissage de la médecine siddha s'acquiert par voie institutionnelle à travers un enseignement universitaire délivré par le gouvernement et dans quelques instituts privés reconnus par l’Etat, ou par voie traditionnelle, par transmission au sein de la famille, de parents ou grand-parents aux enfants ou petits-enfants (parampara), auprès d'un maître (guru-sisya, gurukulam). Le système gurukulam qui implique que le disciple vive dans la maison de son guru de manière à ce qu’il s’imprègne du mode de vie et des coutumes de celui-ci, n’est plus souvent pratiqué sous cette forme. Il n’est pas rare que le terme gurukulam soit utilisé pour désigner des séances de cours chez un praticien traditionnel, ou un enseignement par correspondance délivré par un praticien traditionnel. La transmission traditionnelle, bien que ignorée par le gouvernement, semble bénéficier d’un certain revivalisme de la part d’étudiants insatisfaits du contenu des études reçues dans les universités qui négligent la pratique, et de descendants de praticiens traditionnels qui se réintéressent à la médecine de leurs ancêtres. Il est courant même que des étudiants ou des jeunes praticiens cherchent à approfondir leurs connaissances en visitant de multiples gurus.
Comment s’effectue la transmission aujourd’hui, c’est-à-dire sur quels critères reposent le choix du praticien, et sur quelles qualités le disciple est accepté par le guru, quelques sont les raisons qui poussent les disciples a visité de multiples praticiens, comment les praticiens diffusent leur savoir et détermine les phases d’apprentissage, et comment les disciples qui ont reçu des informations provenant de diverses sources sélectionnent et définissent leur propre pratique ? Ce sujet est important car il permet d’étudier l’organisation sociale dans le travail, l’éducation et l’apprentissage du siddha et d’observer son évolution qui est sous-tendu par deux phénomènes qui s’opposent : le réintéressement pour les médecines traditionnelles et l’arrêt de certaines pratiques dû à l’absence de patients qui se tournent vers la biomédecine. Ce sujet sur la transmission permet également d’observer des tensions familiales, voire des ruptures, qui peuvent se produire lorsque les jeunes générations cherchent à innover par rapport à l’enseignement reçu traditionnellement, au sein de la famille.

4- Les transformations de la médecine siddha :

Le siddha fait partie des médecines traditionnelles reconnues et promues par le gouvernement indien qui, pour mieux les développer, a créé le département AYUSH (ayurveda, yoga, unani, siddha and homeopathy) au sein du ministère de la santé. Un des champs prioritaires dans lequel le gouvernement développe ses recherches concerne la standardisation des médicaments. Ces recherches sont largement insufflées par l’OMS qui, cautionnant les médecines traditionnelles pour leur fonction sanitaire fondamentale dans les pays en voie de développement du fait de leur accessibilité géographique et financière aux populations rurales et pauvres, insiste sur l’amélioration de l’efficacité, de l'inocuité, de la qualité et de la disponibilité de leurs médicaments (WHO 2002). Une amélioration de l'efficacité implique la généralisation des essais cliniques ; celle de l’innocuité, la systématisation du contrôle des produits finis pour tester les traces de matières toxiques (métaux lourds, pesticides, toxines de matières végétales) ; celle de la qualité, le contrôle systématique des matières premières et des produits au cours des différentes phases d’élaboration; enfin l'amélioration de la disponibilité des médicaments peut impliquer le recours à des produits de substitution ou à la culture de plantes médicinales. Le respect de ces critères définis par l’OMS présentent un sérieux handicap pour les médecines traditionnelles car ils nécessitent d'importantes dépenses en équipement technique et en main d’œuvre, et une faisabilité quelquefois compromise par l'infrastructure des manufactures. Cependant, le gouvernement multiplie les travaux pour répondre aux exigences définies par l’OMS à travers les centres de recherche CRIS et CCRAS . Il met au point des formules médicinales siddha dont l’efficacité est contrôlée par tests cliniques, publie des ouvrages de pharmacopée et de formulations siddha destinés aux praticiens, crée un système expert siddha destiné aux praticiens et aux étudiants, amende la législation Drugs and Cosmetics Act 1940 et Rules 1945, et organise des séminaires sur la standardisation des médicaments et les contrôles de qualité. La standardisation de la médecine siddha est également une préoccupation pour les praticiens siddha qui, par le biais de cours de formation et de séminaires d’information organisés par leurs associations, tentent de favoriser une homogénéité des savoirs conceptuel et technique.
Pour les pays possédant une ou des médecines traditionnelles, les indices de qualité, d’innocuité, d’efficacité et de suivi constituent un champ de recherche nouveau qu’ils ne peuvent négliger car la réputation de ces médecines, qui génèrent de confortables devises à l’exportation, en dépend. Depuis quelques années, certaines médecines traditionnelles, dont l'ayurveda et la médecine chinoise, sont dans les feux de l’actualité sanitaire internationale à cause de la présence dans leurs médicaments de traces de métaux lourds (mercure, plomb, arsenic, cadmium) dépassant les seuils de permissivité (Sébastia 2008b). Si l’Inde se défend contre une généralisation d’une telle réputation, elle réagit en multipliant les amendements pour répondre aux réglementations et à la standardisation internationales. Comment cette nouvelle législation est appliquée et quels sont les moyens qui vont être mis en œuvre pour améliorer la standardisation tant par les acteurs gouvernementaux que par les associations seront les questions qui continueront d’être explorées dans le futur.
Pour éviter le risque d'intoxications occasionnées par les métaux lourds, certains cittavaittiyar ne fabriquent plus que des médicaments à base de plantes mêlant quelques fois des constituants d’origine animale (os, coquilles, plumes, sang, chair, bézoard, musk, peau). Ils justifient leur choix en invoquant que, bien que le pouvoir thérapeutique des médecines à base de métaux soit hautement plus élevé, celles-ci ne sont utiles que dans les cas extrêmes de maladie incurable. Cette transformation évitant les métaux rappelle la pratique de l’ayurvédique au Kerala qui, de manière globale, repose sur un strict usage des plantes. Cependant une des specificités de la médecine siddha est son usage important de procédés iatrochimiques et donc ce changement questionne sur la distinction entre ces deux systèmes de médecine indienne et sur l'adéquation du terme siddha. De telles constatations appellent à multiplier les enquêtes ethnographiques dans divers endroits du Tamil Nadu de façon à évaluer la récurrence des faits.

Obesité, diabète de type 2, hyperlipidémie, hypertension artérielle, hémiplégie, sont des maladies métaboliques qui augmentent fortement en Inde. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, il y avait 31 705 million d'Indiens diabétiques en 2000 et leur nombre est estimé à 79 441 en 2030. Au point de vue mondial, cette augmentation serait la plus forte. De nombreux diabétiques sont également affectés par un surpoids ou une obésité. En 2005-2006, parmi la population âgée de 15 à 49 ans, il y avait 1.3% personnes obèses (2.8% de femmes) et 8.0% en surpoids (9.8% de femmes)(WHO 2006). Les femmes sont plus touchées par ce trouble et des études menées dans des zones urbaines de certains états développés comme l'Andhra Pradesh ont révélées que 25% des femmes étaient en surpoids ou souffraient d'obésité (Griffiths et al 2001). Une telle incidence des maladies métaboliques encourage fortement les recherches favorisant une multisciplinarité des champs d'étude. L'anthropologie, en apportant des éclairages sur les représentations conceptuelles, sur les valeurs culturelles, sur l'impact des croyances, est une discipline à son rôle à jouer dans le combat contre ces maladies qui consituent un véritable problème de santé publique. La prévalence des maladies métaboliques est lié à l'urbanisation, un phénomène en pleine expansion aujourd'hui en Inde. Selon Prabhakaran et ses collègues (2007), “Urbanization is associated with increased consumption of energy-rich food, a decrease in energy expenditure and erosion of traditional social support in the population. This in turn leads to higher levels of body weight, cholesterol and glucose in urban populations (...)”. Cependant, quelques auteurs ont constaté que ces maadies n'affectent pas seulement les populations riches des villes, mais touchent également, certes à un degré moindre, les gens des bidonvilles et des villages (Agrawal 2002).
Pour soigner ces maladies, les patients, bien souvent après avoir recouru à la biomedicine, se tournent vers les médecines traditionnelles, dans le contexte du Tamil Nadu, vers le siddha ou l'ayurveda. Ceci a encouragé les centres de recherche sur les médicines traditionnelles et aussi les praticiens traditionnels à développer des médicaments capable de contrôler et de traiter ces maladies. L'intérêt croissant pour ces médecines et leurs médicaments est perceptible par la fréquence des articles publiés dans le Journal of Research in Ayurveda and Siddha, et aussi dans les journaux internationaux tels que Journal of Ethnopharmacology, Phytotherapy Research, Plant Foods for Human Nutrition, The American Journal of Medicine, etc. De même que pour la biomédecine, les médicaments représentent une importante part de la thérapie des médecines indiennes, cependant, ces médecines proposent d'autres méthodes de traitements qui méritent qu'on s'y intéresse. Elles consistent en diètes, massages, accupression, yoga.
Les aspects thérapeutiques et le rôle détenu par la médecine siddha dans le contrôle et le traitement des maladies métaboliques constituent le champ de recherche que j'explore aujourd'hui. Une grande partie de cette étude est consacrée à comparer les traitements entre les praticiens de biomedicine et de médecine siddha (ou ayurveda) afin d'évaluer la capacité des médecines indiennes à complémenter ou à suppléer la biomedicine. La seconde partie de cette recherche analyse quelques sujets intrinsèquement liés au traitement des maladies métaboliques et surtout à son optimisation. Ces sujets traitent les representations du corps au regard de la culture, les concepts sur les aliments et leurs liens avec les divers contextes sociaux et religieux, ainsi que les aspects sociologiques, anthropologiques et psychologiques qui interfèrent dans le changement de nutrition et de mode de vie et dans l'émergence de maladies métaboliques.